Préserver les races de travail
- Nancy Guérin

- il y a 10 heures
- 6 min de lecture

Crédit photo: Audrey Carpentier
Les races de chiens de travail
On va commencer par définir ce qu'est une race de travail. Les races de chiens de travail, ce sont les chiens qui sont utilisés pour effectuer une tâche ou des tâches en collaboration avec l'humain pour le bénéfice des humains.
Plusieurs races de chiens sont utilisés pour accomplir des tâches de toutes sortes. Ils sont, dans le meilleur des cas, sélectionnés de père en fils et de mère en fille pour être excellent dans leur spécialités. .
On utilise des chiens pour accompagner le chasseur, soit pour lever le gibier, soit pour pointer l'oiseau, soit pour aller le chercher dans des endroits qui seraient inaccessible pour son maître.
D'autres chiens sont utilisés pour déplacer du bétail d'un pâturage à l'autre, faire entrer un groupe dans une remorque, ou éloigner le troupeau de l'entrée du champs lorsqu'on rentre avec un tracteur pour déposer une balle de foin.
Certains chiens vont être appréciés pour leur talents de gardien de la propriété. Ils sont méfiants, territorials et peuvent se montrer très menaçants, même agressifs.
D'autres chiens vont êtres laissés avec le troupeau au champs pour faire fuir les prédateurs qui auraient la mauvaise idée de s'attaquer aux moutons.
Dans certains villages où les rats prolifèrent on va utiliser des chiens tueurs de rats.
Dans certains pays désertiques ou semis-désertiques, des chiens élancés, rapides comme l'éclair vont débusquer les lièvres et l'attraper pour le bénéfice de son maître.
Certaines races sont préférées pour assister les policiers, les soldats et le personnel engagés en recherche de drogues, d'armes, d'explosifs, ou de personnes disparues ou même de cadavres.
Lorsque j'utilise un chien pour rendre un service, je m'attends à ce que ce chien soit compétent, capable d'effectuer cette tâche promptement et avec efficacité.
Comment conserver et/ou améliorer les aptitudes des chiens de travail ?
Il faut effectuer une sélection des sujets reproducteur et la mise à l'épreuve de ceux-ci. VOILÀ !
C'est pourquoi, lorsqu'on est un éleveur de races de travail, on se doit, de faire passer l'instinct et les aptitudes au travail de nos chiens en PRIORITÉ.
Tout le reste est secondaire.
Être éleveur de chiens de travail
C'est TRÈS difficile d'être éleveur (je parle d'être un éleveur consciencieux). C'est encore plus difficile d'élever des chiens en priorisant les qualités, instincts et aptitudes au travail.
Si je décide de reproduire une race de travail, je me dois DE PRÉSERVER SES APTITUDES AU TRAVAIL. Je ne dois pas la transformer pour en faire une version édulcorée, vidée de sa substance et sélectionner les sujets reproducteurs en détournant cette race de ses fonctions premières.
Je dois m'attendre à faire moins de portées, faire une sélection de mes clients, participer à des compétitions ou épreuves qui vont permettre de déterminer si mes chiens sont opérationnels et pouvoir évaluer ce que je dois améliorer. Aussi, aller chercher des sujets de reproduction dans les lignées de chiens présentants des aptitudes fortes et des capacités de travail intenses ainsi qu'un tempérament équilibré.
On a plus besoin de chiens de travail
J'entends souvent les gens me dire : Mais aujourd'hui on a plus besoin de chiens de travail ! C'est faux. Les gens qui veulent un chien de travail ont besoin d'un partenaire qui sera fiable, assez facile à entraîner (parce qu'ils n'ont pas le temps pour ça) et avec assez de force mentale pour affronter des animaux qui vont dans certains cas lui faire face.
Voici la réalité :
Secteur ovin au Québec en chiffres
Voici un portrait statistique de l'industrie ovine au Québec (données de 2018) :
Nombre d’entreprises : 709
Volume de production : 4000 tonnes
Volume de production de lait de brebis : 576 600 litres ( donnée de 2019)
Recettes monétaires pour la viande : 51,2 millions $.
Répartition des éleveurs d’ovins au Québec
La production ovine est importante pour le développement rural et l’occupation du territoire dans certaines régions.
Les éleveurs ovins se trouvent principalement en Montérégie (17 %), au Bas-Saint-Laurent (14 %), en Estrie (13 %) et en Chaudière-Appalaches (11 %) (données de 2019).
Secteur bovin au Québec en chiffres
Le Québec compte plus de 11 000 producteurs de bovins (bœuf et veau) répartis dans 14 syndicats régionaux, gérés par Les Producteurs de bovins du Québec. Ces éleveurs exploitent près de 8 200 entreprises agricoles, se spécialisant dans le veau d'embouche, le bouvillon et le veau de grain. Le secteur génère des recettes à la ferme de plus d'un milliard de dollars.
Voici quelques détails supplémentaires sur l'élevage de bœuf au Québec :
Nombre de producteurs : Environ 11 400 producteurs.
Production : Environ 600 000 bovins sont commercialisés annuellement.
Types d'élevages : On compte notamment environ 1 864 producteurs de veaux d'embouche (vache-veau) et environ 91 producteurs de bouvillons.
Importance : Le Québec représente plus de 82 % de la production de veaux au Canada.
Les données peuvent varier légèrement selon la source (Recensement de l'agriculture vs données sectorielles des PBQ) et le type de production spécifique (vache-veau, parcs d'engraissement).
Je suis un chien de travail sur la ferme
Vous savez, être le partenaire de son maître sur la ferme peut dans certains cas être épuisant, très stressant, et demander une capacité d'adaptation et une intelligence hors norme.
De plus, les aptitudes de contrôle du bétail sont des caractéristiques innées qui doivent être bien présentes dans le chien. C'est un comportement qui s'exprime naturellement face au bétail. Ce n'est pas quelque chose qui s'enseigne.
Par contre, je me dois d'ajouter que, l'éducation du chien (dans le respect des demandes du maître) et les efforts du propriétaire pour créer une équipe avec un language commun, des demandes claires, des objectifs réalistes selon l'âge du chien et son niveau d'apprentissage seront déterminants pour créer une équipe efficace.
Les borders collies
Les producteurs ovins, caprins ou bovins qui ont besoin d'un partenaire canin pour les assister dans leurs tâches quotidiennes cherchent un chien qui sera performant. Vraiment performant. Alors, en ce moment, ils se tournent vers qui ? Les éleveurs de borders collies. Pourquoi ? Parce qu'ils sont les seuls, en ce moment, principalement en Ontario et dans le reste du Canada, à protéger et préserver les aptitudes et comportements instinctifs, ainsi que, l'intelligence & l'endurance de leur race.
Les berger australiens
Malheureusement les bergers australiens sont devenus très populaires ce qui amène les gens à vouloir les reproduire en masse. La promesse de profits faciles fait que beaucoup de personnes s'improvisent éleveurs. La belle couleur "bleu merle" a signée la destruction de cette magnifique race car elle est très prisée par les acheteurs.
On retrouve maintenant un grand nombre de bergers australiens dans les refuges. Plusieurs sont euthanasiés car jugés trop agressifs ou incontrôlables. On voit aussi, beaucoup de bergers australiens "double merle" aveugles, et/ou sourds ou handicapés, qui ont été produits par des éleveurs inconscients et malhonnêtes.
Pourtant, cette race a été utilisée en grand nombre aux États-Unis & en Australie par les bergers Basques ou Espagnols qui travaillaient pour les grands producteurs ovins dès 1620 jusqu'au début du 20 ième siècle. Ces chiens très intelligents, habiles, infatigables ont été des partenaires fiables pour beaucoup de bergers.
Création de l'Australian Shepherd Club of America
Certains amateurs américains ont créé une association pour reconnaître la race en 1957. Ils ont observé les caractéristiques principale de la race et ont créé un standard pour tenter de protéger ce chien inestimable. Un standard des caractéristiques physiques ET plus important encore, un standard du style de travail qui décris dans le détail les façons de travailler et les tâches dans laquelle les berger australiens se distinguent.
Les bergers australiens sont des chiens de travail, c'est pourquoi ils sembles trop intenses, trop contrôlants, trop intelligents, trop protecteurs.
Beaucoup tentent de les réduire à une version fade, sans saveur en éliminant les sujets présentant de l'intensité, l'instinct de contrôler tout ce qui bouge, qui sont trop gardiens ou trop actifs. Ils produisent des chiens avec une ossature trop lourde, une fourrure trop fournie et un tempérament doux. Les capacités de travail sont à l'avenant. Moins d'endurance, perdue l'intensité, fini le courage de contrôler le bétail. Il ne reste qu'un tas de poils inutile. Dommage, nous sommes en train de détruire une race d'une grande valeur qui a été un partenaire indispensable pour un grand nombre de personnes responsables d'un troupeau.
Si nous avions été un peu plus intelligent, nous aurions au contraire, sélectionné les meilleurs sujets, nous les aurions faits BRILLER en compétition, nous les aurions utilisés sur nos fermes, nous les aurions protégés des éleveurs qui ne recherchent que le profits. Nous leurs aurions permis un avenir comme chiens utiles, fiers, forts de leurs aptitudes extraordinaires.
Les autres races en déclin
D'autres races de chiens de berger et de bouvier sont aussi en déclin comme chien de travail. Est-ce qu'on va voir ces races continuer à décliner et être remplacées par une seule race ? C'est possible. Et c'est bien triste.



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